François Mabille, Enseignement supérieur, Recherche Analyse des relations internationales, géopolitique, religions, Vatican
11 Septembre 2014
Le pape à Strasbourg : visite diplomatique ou géopolitique vaticane ?
Après les JMJ au Brésil, le déplacement en Terre Sainte puis la proposition de médiation spirituelle et politique au Vatican, les prises de position concernant les chrétiens d’Orient et la légitimité de la lutte contre l’Etat islamique, le pape François continue d’élargir son horizon géographique, en se rendant au siège du Parlement européen à Strasbourg. Peut-on à ce stade évoquer une géopolitique vaticane ? Non, et ce pour plusieurs raisons :
La première est qu’il n’y a pas, à ce jour, de planification de l’action, dans le cadre d’un grand dessein. Le déplacement pastoral au Brésil était prévu avant l’élection de François. La visite en Terre Sainte s’inscrivait dans la continuité du synode sur les chrétiens d’Orient et seule l’invitation faite aux responsables israélien et palestinien portait la marque du nouveau souverain pontife. La prise de position sur la légitimité d’une réponse aux crimes commis par l’Etat islamique constitue enfin une réaction aux événements. Enfin, la visite au Parlement européen n’est pas englobée dans un grand dessein, comme le fut la volonté de Jean-Paul II de fonder le projet européen sur ses racines chrétiennes et de lancer une nouvelle évangélisation. Une suite de déplacements, pastoraux ou à visée plus politique, s’inscrit dans la nécessité de concrétiser la pastorale mondialisée, mais ne relève pas pour autant d’un projet cohérent.
La seconde raison est davantage liée au personnel diplomatique du Vatican : les principaux dicastères concernés ont toujours à leur tête un personnel nommé par Benoît XVI, donc des profils plus théologiques et dogmatiques que politiques. Le processus de réformes initié par le pape François n’a pas encore touché les dicastères à partir desquels une géopolitique vaticane renouvelée pourrait s’élaborer.
Enfin, pour ce pape non européen, le constat que l’Europe n’est plus le moteur de l’expansion catholique est plus qu’un jugement intellectuel, il correspond à son vécu antérieur, dont son élection est le symbole le plus probant.
On est donc loin des attentes catholiques à l’égard de l’Europe, telles qu’elles purent s’exprimer naguère sous Pie XII, et à la fin du siècle précédent, sous Jean-Paul II. Cette visite cèle néanmoins plusieurs enjeux importants.
Le premier est que l’Union européenne demeure celle de la liberté religieuse conçue dans la diversité de ses modes d’application, et d’un dialogue apaisé au niveau institutionnel :
On peut aujourd’hui évoquer l’existence d’une laïcité européenne, qui repose sur
Par ailleurs, existe l’euroDialogue avec les Églises, les associations et communautés religieuses et les organisations philosophiques et non confessionnelles.
Instauré au début des années 90 par le Président de la Commission européenne M. Jacques Delors, le dialogue avec les Églises et les communautés de conviction offre la possibilité de prendre part au processus d’intégration européenne. Il est l’occasion d’un échange de vues ouvert sur des politiques de l’Union entre les institutions de celle-ci et d’importants acteurs de la société européenne. Le traité de Lisbonne (article 17 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, TFUE) a élevé la bonne pratique que constitue ce dialogue au rang d’obligation juridique, consacrée par le droit primaire.
1. "L’Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.
2. L’Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.
3. Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations."
Un dialogue ouvert, transparent et régulier
L’article 17, paragraphe 3, du TFUE prévoit un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les Églises, les communautés religieuses ainsi qu’avec les organisations philosophiques et non confessionnelles.
a. "ouvert": tous les thèmes intéressant les activités de l’Union européenne peuvent être abordés dans le cadre de ce dialogue horizontal et concerté. Peuvent participer à ce dialogue les Églises, les communautés religieuses et les organisations philosophiques et non confessionnelles qui sont reconnues en tant que telles à l’échelle nationale et qui adhèrent aux valeurs européennes.
b."transparent": les institutions de l’Union s’engagent à communiquer aux citoyens toutes les informations utiles sur ce dialogue; concrètement, ceci se traduit notamment par la tenue d’une conférence de presse après chaque rencontre de haut niveau avec les présidents. Ce site internet fournit des informations détaillées non seulement sur de telles rencontres, mais aussi sur d’autres activités relevant de ce dialogue.
c."régulier": la Commission européenne entretient, à différents niveaux, un dialogue permanent avec ses partenaires, sous la forme de réunions bilatérales ou d’événements spécifiques. L’organisation, une fois par an, de deux rencontres informelles distinctes avec des hauts représentants d’associations et de communautés religieuses ainsi qu’avec des représentants d’organisations philosophiques et non confessionnelles constitue désormais une bonne pratique; le président de la Commission accueille ces rencontres qu’il préside conjointement avec les présidents respectifs du Parlement européen et du Conseil européen, qui portent habituellement sur un thème identique.
Enfin, rappelons que la session du Conseil de l’Union européenne, 16 nov 2009 (AFFAIRES GENERALES) a qualifié la liberté de religion, d’ « importance stratégique »
http://www.franceonu.org/IMG/pdf_2009_11_19_conclusions_du_CE.pdf
Le Conseil souligne l'importance stratégique de la liberté de religion ou de conviction, ainsi que de la lutte contre l'intolérance religieuse, et réaffirme son intention de continuer à réserver une place prioritaire à ces questions dans le cadre de la politique de l'Union européenne dans le domaine des droits de l'homme. Il invite les instances compétentes du Conseil à évaluer les initiatives existantes de l'UE et à élaborer, le cas échéant, des propositions visant à promouvoir la liberté de religion ou de conviction dans les relations bilatérales et dans le contexte multilatéral."
Dans cette perspective, la diplomatie catholique et la présence internationale du Saint-Siège peuvent constituer des aides précieuses.
Rappels :
Les vecteurs européens de la diplomatie vaticane
a : la diplomatie vaticane
b. La COMECE
La COMECE est la Commission des Episcopats de la Communauté européenne. Cette commission est composée d' Evêques délégués par les conférences épiscopales dans les Etats membres de l'Union européenne et possède un Secrétariat permanent à Bruxelles.
Il y a 24 Evêques délégués par les Conférences Episcopales de l'UE: Allemagne, Angleterre & Pays de Galles, Autriche, Belgique, Bulgarie, Ecosse, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pays Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Roumanie, Scandinavie, Slovaquie, Slovénie et l'Archidiocèse du Luxembourg. Les évêques délégués de Croatie et de Suisse participent aux réunions plénières en tant qu'observateurs.
Présentation
c. LE CCEE
NATURE ET ORIGINE DU CCEE
Le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) réunit les Présidents des 33 Conférences épiscopales présentes en Europe, ainsi que les Archevêques de Luxembourg, de la Principauté de Monaco et de Chypre des Maronites, et les Évêques de Chisinau (Moldavie) et de l’Éparchie de Mukachevo.
organisme de communion entre les Conférences épiscopales d’Europe, qui a pour but, dans un monde qui tend vers une plus pleine unité, la promotion et la défense du bien de l’Église. Et en particulier: - l´exercice de la collégialité dans la communion hiérarchique «cum et sub romano pontefice»; - la pratique d’une communication et coopération plus étroites entre les évêques et entre les Conférences épiscopales d’Europe, dans le respect de la fonction et des compétences propres à chacun, pour promouvoir et inspirer la nouvelle évangélisation au niveau européen;- la promotion de la communion avec les Conseils des Conférences épiscopales des autres continents; - le soutien à la collaboration œcuménique en Europe, pour rétablir l’unité des chrétiens;- le témoignage ecclésial dans la société européenne.
d. Les relais d’influence : l’OCIPE
Le Service européen jésuite - OCIPE
Le Service européen jésuite, l’OCIPE, fut fondé en 1956, à la demande de l‘évêque de Strasbourg. En 2011, l’OCIPE est présent à Bruxelles, Budapest et Varsovie. Il a aussi une antenne à Strasbourg.
L’OCIPE cherche à accompagner la construction européenne : en étant au service des personnels de l’Union dans son travail de discernement professionnel et spirituel ; en poursuivant une réflexion critique sur les valeurs et les responsabilités européennes, selon la perspective de la foi chrétienne ; et en promouvant la solidarité européenne à l’intérieur de l’Europe et avec le reste du monde.
La société civile organisée, les ong catholiques
Actuellement les CINGO sont environ 25, représentant la diversité des intuitions de leur(s) fondateur(s), accueillant les différentes sensibilités, y compris liées aux différentes confessions chrétiennes (protestantes, anglicane) auxquelles elles appartiennent. EX :
Caritas Internationalis (Secours Catholique – Europe)
Les AIC (Associations Internationales de Charité).
Colloque européen des paroisses catholiques.
Des OING directement liées aux problèmes des migrants, à lʼenseignement (formation initiale, continue, …), à la lutte contre la torture (ACAT), à la communication (Signis), aux scouts et guides, à l’Action Catholique, à la famille, à la vie des entreprises, à la démocratie, à la cause des femmes, ……
universitaire, spécialiste du catholicisme, de la paix, des conflits et relations internationales
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