François Mabille, Enseignement supérieur, Recherche Analyse des relations internationales, géopolitique, religions, Vatican
19 Juin 2015
L'encyclique Laudato Si constitue un point d'aboutissement d'une longue mobilisation de minorités catholiques, en faveur d'une prise en charge de ce thème par le magistère romain. Les premiers chrétiens à prendre conscience de l'importance du thème sont les protestants, et certains orthodoxes. Il faut attendre la fin des années 80, et le Rassemblement oecuménique de Bâle pour que des minorités catholiques se saisissent du sujet. En France, le théologien sulpicien René Coste, un diacre comme Jean-Pierre Ribaut sont deux précurseurs indissociables. Les deux hommes parviennent à ce que le mouvement Pax Christi prenne collectivement le sujet en compte, sous l'expression générique de "gérance de la création", en 1992. Ils sont aussi l'origine des travaux de Klingenthal, soutenus par la Fondation Charles Leopold Mayer. Membre du dicastère romain Justice et Paix, ami de Jean-Paul II, le père René Coste plaide directement auprès de celui-ci la cause de l'environnement. Depuis 20 ans, l'environnement figure régulièrement parmi les thèmes traités dans les messages pour la Journée mondiale de la paix, publié chaque premier janvier.
L'encyclique de Pape est une synthèse de l'enseignement de l'Eglise sur ce sujet. Elle apparaît comme un texte équilibré, la fois dans son constat et ses propositions d'action. La partie théologique est accessible également. L'ambition du document est en fait de remplacer la notion de "développement intégral", en vigueur depuis 1967 dans l'enseignement de l'Eglise (encyclique Populorum Progression - 1967) par celui "d'écologie intégrale", c'est-à-dire une invitation lancée à chacun pour réfléchir à sa place dans la "maison commune" : pensée complexe systémique exigeant de réviser, à l'aune des impératifs écologiques, les relations à la fois inter-humaines mais entre les hommes et leurs lieux de vie, proches ou globaux (planète). C'est un défi qui est lancé aux consciences catholiques et plus globalement une proposition de vie à tout être humain. Le pape François comprend que chaque citoyen peut être porteur de changement. C'est l'approche bottom- up qui est ici clairement privilégiée.
Un document intéressant, qui ne mérite sans doute pas l'excès d'éloges actuels, et dont la postérité dira s'il constitue un tournant dans les concepts utilisés par le magistère catholique.
Pour aller plus loin : http://www.iris-france.org/61438-climat-lengagement-du-pape-francois-peut-il-faire-la-difference/
universitaire, spécialiste du catholicisme, de la paix, des conflits et relations internationales
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