François Mabille, Enseignement supérieur, Recherche Analyse des relations internationales, géopolitique, religions, Vatican
28 Septembre 2015
Après le réconfort, l’effort ! Ainsi pourrait être résumée la semaine du pape François. Le réconfort : le voyage réussi sur le continent américain : succès dans les relations avec Cuba, et dans la médiation entre Cubains et Américains ; succès encore dans l’exercice difficile du discours prononcé devant le Congrès américain ; succès à l’ONU où l’appel à une mobilisation en faveur de l’environnement, la dénonciation des méfaits du capitalisme non régulé et à une solidarité entre peuples a rencontré un réel écho.
Les leçons d'un voyage
Première leçon : La ligne défendue par le pape est celle qui prévaut depuis des décennies au sein du Conseil pontifical Justice et Paix, dicastère créé dans le sillage conciliaire et qui depuis, présente l’aile progressiste et engagée de la Curie romaine en faveur de la justice. Bien des propos du pape renvoient du reste aux travaux publiés par le Conseil ces dernières années.
Seconde leçon : par ailleurs, l’approche résolument pastorale du souverain pontife, en lieu et place d’une annonce de la doctrine placée en situation frontale avec les réalités du monde, le langage accessible du pape, ont permis à chacun de comprendre les appels du pape.
Troisième leçon enfin de ce succès : le pape s’est souvent présenté en témoin, descendant d’immigré, américain, homme non marié même ( !), sachant incarner une parole.
Ce succès était nécessaire pour Bergoglio, comme tout succès sur la scène internationale est nécessaire pour un chef d’Etat contesté dans sa politique intérieure ; il en a de même pour le pape. Le Synode qui va s’ouvrir à la fin de la semaine pourrait signer la fin de son pontificat en cas d’échec.
Annoncé en octobre 2013 sur le thème de la famille, les consultations des catholiques ont fait l’objet des discussions du consistoire réuni en février 2014, avant d’être approfondies lors du synode de 2014 où les propositions pastorales du pape ont été mises en minorité.
Globalement, trois forces se font face :
un bloc conservateur, dont les figures sont le Guinéen Sarah et l’Américain Burke, hostile à toute évolution de la doctrine familiale et campant dans l’intransigeance et la dénonciation du monde contemporain. Le cardinal Sarah est soutenu par le pape émérite Benoît XVI.
Un second bloc, minoritaire, réformateur radical, aurait souhaité une évolution doctrinale appuyée, sur les questions de la contraception, de l’homosexualité et des divorcés-remariés.
Enfin, un troisième bloc, également minoritaire, rassemblé autour de la pastorale comme enjeu prioritaire, entrainé par Bergoglio, souhaite faire passer la pastorale, c’est-à-dire l’coute, l’accueil et l’accompagnement des personnes avant le rappel doctrinal.
La stratégie mise en place par Bergoglio pour sortir vainqueur de cette confrontation s’interprète assez facilement :
1- En annonçant un synode en deux temps, décembre 2014 puis décembre 2015, le pape a obligé ses adversaires à se dévoiler et à se compter ; l’année écoulée a permis un travail en profondeur pour changer les lignes de force.
2 – Connaissant l’état des forces en présence, le pape a pu modifier la composition du synode. La liste des nouveaux participants rééquilibre donc en sa faveur le nombre des participants, en faisant entrer des réformateurs et des hommes de terrain, comme le français Ulrich.
3- Le pape entend également desserrer l’étau doctrinal par un traitement en capillarité de ce sujet : la famille est un thème que doivent s’approprier à la fois les évêques au niveau diocésain – donc au plus près des problèmes et des situations concrètes ; et en même temps, il s’agit de sensibiliser de manière préventive les fidèles en les formant davantage à ces questions. C’est perspective est celle utilisée dans la réforme proposée autour de la procédure de nullité des mariages.
4- Le soutien international : le succès rencontré à l’international pèse enfin assurément : il manifeste qu’une parole plus pastorale que dogmatique est susceptible de rencontrer un réel écho auprès de l’opinion publique.
Le pape joue donc son pontificat dans les semaines qui viennent. S’il est de nouveau mis en minorité, il deviendra en quelque sorte un pape empêché, un peu à la manière de Chirac après l’échec du référendum sur l’Europe ; s’il l’emporte, il pourra alors, dans l’année et demi qui lui reste, faire entrer dans les faits ses projets de réforme et mettre sur orbite un successeur.
universitaire, spécialiste du catholicisme, de la paix, des conflits et relations internationales
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